La ferme du Portuais a été achetée par Monsieur et Madame Dagorne Marie-Ange vers 1920 à leur retour à Erquy après avoir vécu la guerre 14/18 l’un au front et l’autre comme soignante bénévole dans l’hôpital de fortune dans le château d’Arc-en-Barois en Haute-Marne. La famille se compose alors des parents et de leurs deux enfants : Suzanne,10 ans, et du petit Marie-Ange, deux ou trois ans plus jeunes.
A cette époque, le papa fait la petite pêche avec son doris, cultive son grand jardin et élève poules et lapins permettant à la famille de vivre en semi-autarcie.
En 1933, Suzanne épouse Jean-François Barbedienne, fils de laboureur d’Hénansal et le jeune couple s’établit à la ferme du Portuais en tant que métayers de Mr et Mme Dagorne. De cette union naîtront Nicole (1934) Suzanne (1940) et le petit Jean, moi, en 1944.
L’exploitation de la ferme d’environ cinq hectares se fait à l’aide d’un cheval ou plus précisément d’une jument. En 1939, la guerre est déclarée. Par la suite, l’occupation atteint la Bretagne et l’armée allemande réquisitionne les chevaux. Voilà la ferme privée d’un élément majeur ! Reprendre un autre cheval était s’exposer à un nouveau risque de réquisition. C’est donc vers des bœufs que se tournent le choix de mes parents. Mon père ira à Uzel à pied chercher une paire de bœufs et les ramènera à la ferme du Portuais par les mêmes moyens, bivouaquant dans des fermes le soir. Cette source d’énergie bovine sera très appréciée puisque cette paire de bœufs rattrapée par l’âge de la retraite sera remplacée par deux nouvelles bêtes de même race et qui reprendront les mêmes noms : le Rouge et le Gars.
Au début des années cinquante, la superficie cultivée a augmenté grâce à l’acquisition de deux « terres » dont une au lieudit « Clairville ». A cause de cette décentralisation, le besoin de moyens mobiles plus performants était une évidence et l’attelage de bœufs fut remplacé par un tracteur « Pony ». Pour moi c’était un événement. Pour les menus travaux, une nouvelle petite jument, Venise, reprit place à l’écurie.
A cette époque, les enfants prenaient une part très active aux travaux de la ferme. A la fin de ses études primaires, ma sœur aînée était affectée aux travaux ménagers et venait aussi en renfort aux travaux des champs, les plus jeunes participaient aux tâches plus douces comme l’arrachages et le piquage de plants, le sarclage, le fanage et le ramassage des foins, les moissons, l’arrachage et le ramassage des pommes de terre, la garde des vaches. Certains champs se trouvaient à une centaine de mètres de la plage. Pas toujours facile pour des enfants d’effectuer ces travaux en voyant les petits vacanciers aller à la plage en sautillant de joie avec leur bouée canard autour du ventre !
Pendant les grandes vacances, les activités prédominantes tournaient autour de la moisson, et c’est avec impatience que nous, les enfants, attendions cette journée très particulière des battages, « la Batterie » comme on disait.
La journée de batterie commençait tôt le matin : à 7h00 la machine démarrait et c’était parti pour une dure journée dans le bruit et la poussière. Autour de la batteuse, les rôles principaux étaient « l’engrenage » ou action de faire entrer les gerbes dans la batteuse, le portage du grain, 100kg à dos d’homme y compris pendant l’ascension de l’escalier d’accès au grenier et le portage de la paille. C’était moins lourd que le portage du grain mais la cadence était très rapide. La batterie rassemblait une grande partie des fermiers des environs qui assuraient la main d’œuvre spécialisée. Cette équipe tournait de ferme en ferme, se rendant mutuellement les journées. La main d’œuvre de bonne volonté était souvent composée de touristes mais ces braves gens avaient les mains tendres et rapidement pleines d’ampoules au contact des manches de fourches alors ils se trouvaient dans l’obligation de jeter l’éponge à la mi-journée ! Nous, les gamins, faisions de fréquentes tournées avec la brique de cidre pour désaltérer tous les travailleurs. Trois pauses avaient lieu pour se restaurer et souffler un peu, 9h00, midi et 16h00. A la fin de la journée avait lieu le repas du soir où chacun, content de son travail, se laissait aller à raconter des histoires, à chanter des chansons traditionnelles. Les ados commençaient à « draguer » un peu dans les coins.
Nous occupions le corps de ferme et mes grands-parents habitaient la partie dite « Maison bourgeoise ». Pendant l’été, cette partie était louée « pour les bains », c’est-à-dire pour les touristes. C’est ainsi que j’ai connu la famille de Patrice Molinard et de Georges Franjus que Google pourra vous présenter si vous faites des recherches.
Le temps a passé, ma sœur aînée s’est mariée en 1955, ma sœur cadette ne voulait pas rester à la ferme et moi je me destinais à la Marine Nationale. C’est donc en 1960 que mes parents cessèrent l’exploitation de la ferme du Portuais, vendue peu d’années après. Les terrains déjà vendus étaient devenus le camping du Portuais, les bâtiments ont été vendus, mis en gardiennage et abritèrent « La Commune Libre du Portuais » que je n’ai pas connue personnellement (mais qui a été évoquée dans notre n° 8).
(Auteur : Jean-Louis Barbedienne.)
Papa et ses bœufs
Mes parents, Suzanne et Jean Barbedienne, à côté d’une tourelle de gerbes d’avoine.
Mes parents et mes deux sœurs avec le cheval qui a été réquisitionné.
Photo prise sur l’aire à battre où je donne du grain à une touriste.
(Photo Molinard)
LE CAMPING DU PORTUAIS
Si à l’ouverture, le camping a fonctionné normalement, au fil du temps il s’est transformé. Les habitués ont eu l’opportunité d’acheter le terrain sur lequel ils ont construit leur bungalow en dur, c’est ainsi que le camping s’est transformé en copropriété. Peu de camping ont obtenu ce statut.
LA COMMUNE LIBRE DU PORTUAIS
(Paru dans notre bulletin n°7)
Une bande de joyeux lurons est venue en 1968 s’installer dans la ferme du Portuais,
Le mariage de Julot et Violette, le chien de Sam et sa « fiancée » Violette, la chienne de Joël, démontre la joie de vivre et la bonne humeur de cette époque.
Cette rue porte son nom en hommage aux nombreux marins qui se rendaient à la « Grande Pêche » sur les bancs de Terre-Neuve, près du Canada, pour y pêcher la morue, richesse exploitée jusque dans les années 60. De nombreux pêcheurs y ont laissé leur vie. Des ex-votos sont apposés dans la Chapelle des Marins pour rendre hommage à tous ces disparus n’ayant que la mer pour sépulture. Il y a aussi dans ce quartier une rue des Islandais pour se souvenir que d’autres habitants allaient pêcher à Islande. Mon père a fait quelques « campagnes » de pêche sur ces morutiers et il qualifiait ce métier de « métier de bagnard », dans le froid et l’humidité durant plusieurs mois, de janvier à mai. (Maryvonne)
Sa situation géographique, avec vue imprenable sur la baie d’Erquy, a attiré des notables, comme les Côtières d’en Haut de la famille Beaubras, construite fin du 15 ème siècle.
Le village vivait surtout de pêche. Chaque maison ou presque élevait son cochon avec les restes des repas, puis quelques poules et lapins. Deux soues à cochons ont échappé à la destruction et subsistent de nos jours : l’une au n°43 et une autre qui appartenait à Henriette Heurtel. Pourtant, cela n’empêchait pas les cochons de s’échapper et on les voyait dévaler la côte, suivis de leurs propriétaires courant derrière eux, en sueur !
A l’époque, beaucoup d’enfants jouaient dans la rue. La pompe à l’entrée de la rue des Terre-Neuvas les attirait beaucoup. Leur farce favorite était de tourner la manivelle pour faire couler l’eau dans la rigole de la rue et vite se sauver pour ne pas se « faire attraper » par les anciens.
Au numéro 7 vivait Raymond Pays, Raymond était une figure locale, c’est lui qui a été « l’inventeur » d’un prototype pour les dragues à praires, dans les années 60.
Un café épicerie tenu par la famille Kremer : LE PETIT MONTMARTRE
Mme Kremer à sa fenêtre
Mme Kremer et sa mère
Le commerce principal de Tu es Roc a longtemps été « Au petit Montmartre », un café épicerie tenu par Mme Krémer. Ce nom a été donné au café épicerie en souvenir de leurs années passées à Paris.
La guerre les a fait fuir de Paris pour venir à Erquy. M et Mme Krémer ont d’abord tenu « l’Abri des flots » sur le port durant trois ans, de la fin des années 40 jusqu’au début des années 50.
Sur la terrasse de l’Abri des flots, l’équipe du tournage du film « Pattes Blanches », film tourné en 1949 par le réalisateur Jean Grémillon et le scénariste Jean Anouilh.
Evelyne se souvient bien, quand elle servait au restaurant de ses parents, de l’équipe du film, car l’Abri des flots était un peu leur quartier général. Elle se souvient y avoir croisé Suzy Delaire, Fernand Ledoux, Michel Bouquet et quelques autres.
A la fin du bail, M et Mme Kremer « montent » à Tu es Roc. En face de la maison de la mère de Mme Krémer, il y a un cabanon et ils transforment ce cabanon en commerce. Le magasin a été construit début 1950 par les maçons Emile Rollier et son compagnon Joseph. A cette époque les ouvriers faisaient eux-mêmes les parpaings à l’aide d’un moule. Le petit Dominique, fils de M et Mme Krémer, était très intéressé par cette fabrication, alors Emile et Joseph lui avaient fait un petit moule et lui aussi participait à la création. Mme Krémer tiendra son commerce jusqu’à sa retraite fin des années 60.
Les femmes de Tu es Roc fréquentent l’épicerie, les hommes le bar. Le téléphone sonnait pour annoncer une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les habitants du quartier. C’est souvent Evelyne qui faisait la messagère. Une naissance, un décès, une heure d’arrivée à la gare de Lamballe etc…
En contrebas de la rue des Terre Neuvas, (Basse Rue) vivaient la famille Corgnet : Elise, ses deux frères pêcheurs et leurs parents. Le fils d’Elise, Joël et son épouse Colette sont revenus habiter la maison familiale à leur retraite, après une carrière de Joël dans la Marine Nationale.
Joël a épousé Colette Bellay, qui habitait elle aussi rue des Terre Neuvas. Le père de Colette, Valentin, était fusilier marin dans la Marine Nationale.
A la retraite, il a aidé beaucoup de jeunes d’Erquy à remplir leur dossier militaire. Il s’est également investi avec les randonneurs, les sorties étaient souvent animées de chants en Gallo.
Au n°25 habitaient deux sœurs, Anne-Marie et Francine Bertin. Anne-Marie était veuve, Francine célibataire et travaillait comme assistante chez le dentiste, M Menu.
Au n°27 vivaient Yvonne Bouguet née Rault et son mari René.
Durant son enfance, René habitait à Caroual. Il disait toujours à sa mère « quand je serai grand j’habiterai la maison qui brille là-haut à Tu es Roc ». C’était la seule avec un toit en ardoises les autres avaient un toit de chaume.
Son rêve fut exaucé puisqu’il épousa la petite fille de la maison, Yvonne Rault. Ils vécurent longtemps entourés de leurs trois filles. En 1950, les quatre filles de Louis Rault, le frère d’Yvonne, sont venues agrandir la famille à la mort de leur maman.
René a été maçon et a ensuite fait la « petite pêche ». Yvonne vendait le poisson à l’arrière de sa voiture.
La passion de René était également la fabrication de paniers.
L’été, Yvonne et René louaient des chambres aux vacanciers, souvent des fidèles.
Brigitte se souvient qu’il y avait toujours du monde dans la cour assis sur le petit muret.
Dans cette rue des Terre-Neuvas et en contrebas, dans la Basse-Rue, dans la rue de la Brèche, vivaient de nombreuses familles dans les années 50/60, outre celles dont nous avons déjà parlé : les familles Sevennec, Pierron, Boivin, Parisot, Leduc, Macé, Huby, Sagrange, Durand, Heurtel, Rollier, Diveu, Beslay, Gour, Carnec ; d’autres familles vivaient aussi dans la rue des Grès Roses, comme les familles Toisoul, Bertin, Mignon….et les nombreux enfants qui habitaient ce quartier se réunissaient souvent et animaient ces rues de leurs cris et de leurs jeux. C’était un quartier vivant et animé.
Jean Lecan et son épouse Marie Jaffrelot, ont vécu au 31.
Marie conduisait son camion Citroën dans la campagne pour vendre son poisson et faisait aussi le marché derrière l’église. Un jour, une touriste lui acheta de la raie et demanda une recette. Marie lui suggéra de la cuisiner « au beurre noir ». La dame lui répondit : « oui mais où puis-je trouver du beurre noir ? »
Le « Tu-es-Roc » de mon enfance.
Le Tu-es-Roc de mon enfance était un village de pêcheurs, un quartier d’Erquy où retentissaient des cris et des rires d’enfants jouant dans la rue dès la belle saison, familles ancrées là-haut depuis des générations. On surnommait ses habitants « les sabots râpés ». Peut-être les usaient-ils à force de remonter du port jusqu’à ce village perché sur les hauteurs, si bien exposé, qu’on l’appelait aussi « Petite Algérie » ?
Les femmes et les enfants allaient fréquemment « chez madame Kremer », à l’épicerie, pour y acheter un kilo de sucre, une boîte d’allumettes ou un carambar … Les hommes venaient, le soir, y « boire une bolée », discuter de leur pêche passée ou future, jouer aux cartes à « la luette » ou « à la vache », avant de rentrer prendre le repas familial. Les rues du village évoquent encore aujourd’hui les métiers de ces hommes du passé, marins-pêcheurs ou carriers pour la plupart : la rue des Grès roses, la rue des Cap Horniers, la rue des Terre-Neuvas, autrefois surnommée la rue « des coques de moules » car on y bouchait généreusement les « nids de poules » avec les coquilles de moules des repas familiaux.
Les femmes menaient une vie souvent rude : il fallait élever les enfants, compléter les maigres revenus du mari en allant, elles aussi, aux moules, à la pêche à pied pour la manger ou pour la vendre. Certaines faisaient du porte-à- porte pour vendre leur pêche. D’autres femmes pêchaient des moules sur les rochers de Lourtuais, remontaient par la falaise leur « pouchée » de moules sur leur dos et l’emmenaient dans la brouette jusqu’au port. Là, elles séparaient les « blétrons » et nettoyaient les coquillages pour mieux les vendre. Je me souviens, petite fille habitant le port à l’époque, avoir été fascinée par ces femmes travaillant autour de leur tas de moules qui me paraissait gigantesque ! Ma grand-mère paternelle faisait partie de ces femmes et mères de pêcheurs. Elle cheminait, dans son camion « citron » (de marque Citroën), qu’elle menait du côté de La Bouillie, Ruca, Matignon et revendait le poisson que ses fils étaient allés pêcher. La vie était rude pour ces grandes familles de 5, 6, voire 7 enfants ; les fils devenaient apprentis-pêcheurs eux-mêmes très tôt, dès l’âge de 14 ans, après le certificat d’études ; les filles épousaient souvent des pêcheurs et le cycle recommençait …
La découverte des bans de praires puis de coquilles Saint-Jacques dans les années 50 et 60 a profondément modifié le métier et grandement amélioré le sort des pêcheurs actuels. Aujourd’hui, Tu-es-Roc est un village qui se vide doucement. Plus de cris d’enfants. Les commerces ont tous disparu depuis longtemps, les maisons sont souvent fermées dix mois de l’année ou plus et les pêcheurs ont déserté ce quartier typique pour d’autres lieux d’Erquy plus accessibles et propices à leur activité. Nos anciens disparaissent les uns après les autres. Pourtant, quelques descendants de ces familles de pêcheurs, dont je fais partie, s’accrochent encore à ce Roc, à leurs souvenirs et ont la chance d’avoir parfois conservé la maison familiale et d’y vivre toute l’année. (Maryvonne Lecan-Chalvet)
Marie Lecan née Jaffrelot dans sa cour.
Marie et Jean Lecan avec une de leurs petites filles, Geneviève.
LE VILLAGE DE TU-ES-ROC
Par Mme Geneviève Le Clézio (texte écrit en 1975)
Il est tout rose, baigné de soleil, éclatant de lumière et de chaleur, ce pittoresque village de Tu es Roc je revois toujours sous son aspect d’autrefois.
Ce joli village juché sur le roc m’a toujours donné l’impression d’une halte dans le temps.
J’y revois les pêcheurs remaillant les longs filets tendus, des longueurs qui nous semblaient démesurées, à nous enfants du village, miraculeusement imprégnés de cette sorte de poésie plutôt anachronique.
De temps à autre, animant le tableau de leur pas trottinant, passaient de vieilles femmes, vêtues de noir, un panier au bras, vestige de l’époque où elles vendaient le poisson à travers le pays et les alentours équipées en tout et pour tout de ce même panier et parfois d’une brouette. Peu à peu, ces silhouettes se sont estompées, en même temps que l’évolution du mode de vie, en même temps que la progression de la course contre le temps, mais Tu es Roc est resté.
Etagé sur les hauteurs prolongeant le cap, face au soleil, il ouvre une large fenêtre sur l’ensemble du pays. A droite, une vue splendide sur les plages du centre, de Caroual, de Saint-Pabu et puis là-bas, Pléneuf et toute cette côte jusqu’à Saint-Brieuc et même au-delà. Bien-sûr, selon le point de Tu es Roc où vous vous trouvez, vous verrez aussi le port. Si vous ne le voyez pas, c’est qu’il est caché par la masse importante du bois du Noirmont, vue qui est aussi particulièrement charmante.
Au centre, s’étale tout le pays, avec son bourg, paraissant curieusement enfoncé par rapport au promontoire où vous vous trouvez.
A l’horizon, le bois de Bien-Assis profile sa sombre masse qui se détache par tous les cieux. Puis s’il fait beau, vous verrez deux barres verticales pointer dans le ciel serein ; c’est le clocher de La Bouillie et la Tour de la Ville Théart.
Mais regardez vous-même, je vous laisse découvrir ce panorama, changeant aux couleurs du temps… je signale le climat particulier du village qui, présentant divers paliers tous exposés au sud, permet la culture des primeurs, et els enfants du village se souviennent même d’avoir chapardé les grappes des vignes qui ornaient les façades de la « Petite Algérie », ainsi appelle-t-on encore quelquefois « Tieuroc ».
Bien-sûr, tout ça c’était TY eu ROC’H voilà bien des années déjà, ces images charmantes, un peu vieillies, très jaunies, je les garde au fond de mes souvenirs.
Le Village actuel, n’y cherchez plus les vieilles de noir vêtues, qu’y feraient-elles à notre époque ? comment s’intègreraient-elles dans un monde de confort, dont l’évolution transforme jusqu’à la physiologie intime des plus anciens hameaux ? [……] N’arrêtons pas la marche du progrès, gardons au fond de nos cœurs l’image du vieux Tieuroc. Acceptons sa transformation, son évolution, son extension, ses aménagements. Son cœur y bat toujours si on sait l’écouter.
(en souvenir de Mme Geneviève Bertin-Le Clézio, décédée fin 2024)
Jean Lecan sur le port dans les années 30.
Les vignes de Julien Couëlan
Julien et Joséphine devant leur maison.
Au 26 rue des Terre-Neuvas habitaient dans les années 20 jusqu’aux années 60, Joséphine et Julien Couelan. Julien était d’Erquy mais était parti comme cocher dans une maison noble en Anjou.
Il y rencontra sa femme Joséphine. Ils eurent deux fils, Joseph et Robert.
En revenant à Erquy, il planta des vignes tout autour de sa maison sur plusieurs hectares. C’était une horrible piquette comme aurait dit Jean Ferrat.
Ils étaient proches de M et Mme de La Bourdonnais qui avait nommé Julien maire honoraire lors de la première d’une fête de Tu es Roc.
Mr de La Bourdonnais appréciait ses visites chez M et Mme Couëlan car Joséphine était Angevine comme lui. Ils aimaient parler de leur chère région.
Les fêtes de Tu es Roc : beaucoup de jeunes d’Erquy sur ces photos.
Julien Couëlan, élu « maire » de la première fête de Tu es Roc.
Défilé du cortège dans la rue des Terre-Neuvas
Au 28 rue des Terre Neuvas habitaient Henriette et Robert Couëlan à partir des années 50.
Henriette Michel avait rencontré Robert à Paris. Lui était mécanicien sur les péniches et elle employée dans une maison bourgeoise.
Ils se marièrent et décidèrent de devenir bateliers sur la Seine. La petite Raymonde, leur fille vint agrandir la famille.
Durant la guerre, ils revinrent à Erquy et vécurent à Ker Mathilde au 37 rue des Terre Neuvas, une petite maison, avant de faire construire au 28. Leur 2ème fille, Laure, naquit à la fin de la guerre.
Robert s’engagea comme mécanicien dans la marine marchande et voyagea beaucoup.
Henriette, qui cuisinait très bien, se mit à organiser les repas de famille, mariages, communions, etc…
Brigitte se souvient de ses vacances à Erquy chez ses grands-parents. Grand-mère était toujours dans sa cuisine. L’été, des familles lui commandaient souvent du homard. Elle tranchait le malheureux vivant de tout son long, avant de le cuisiner. Nous poussions des cris et Henriette avait la larme à l’œil de le faire souffrir.
Henriette a longtemps « fait la saison » chez Mme Le Bail en bas de la rue de la côte de Tu es Roc. Une anecdote : un jour, des anglais avaient commandé un plateau de fruits de mer. En venant débarrasser la table, les clients dirent à Henriette avec un accent bien british : « nous avons mangé la salade et laissé les cailloux !» Les algues qui servaient de décoration avaient presque toutes disparu mais les bigorneaux étaient toujours là…….
Eléments de description (Extrait de Jean-Pierre Le Gal La Salle et de M. Pennet). La carrière est située sur le point culminant d’Erquy : 75 m. L’extraction s’effectuait à ciel ouvert, à flanc de coteau entre le Pendu et la Pointe du port. Les ouvriers enlevaient d’abord la terre puis la « mauvaise pierre » du dessus, qui était concassée pour faire du béton. En dessous, se trouvent les beaux blocs dont le sens de coupe est pour toute la région : sud-ouest-nord-est. Cette pierre est de couleur rose avec des lignes horizontales plus claires et des filons presque verticaux de quartz. Les fronts de taille étaient coupés en gradins très inclinés et atteignaient de 15 mètres jusqu’à 20 mètres de hauteur. L’inclinaison des bancs de grès était de 30° dirigés vers le nord, en sens inverse des fronts de taille. Les parties supérieures des fronts de taille étaient parfois recouvertes d’un conglomérat qui était coupé en retrait avec le talus. De la côte d’Erquy à la Fosse Eyrand, les cinq chantiers couvraient une surface de 18,10 ha en 1911, pour une longueur d’environ 800 m. Un réseau de voies Decauville (chariots sur chemin de fer) sillonnait le cap et aboutissait au-dessus de la jetée. Un système de funiculaire permettait la descente et la remontée des wagonnets. Goélettes et sloops se succédaient le long du quai pour prendre leur chargement de pavés qui étaient déversés sur le pont avant d’être rangés à fond de cale. Les voies Decauville de 0,50 développaient environ 1000 mètres pour relier les différents chantiers au port d’Erquy. Le chantier de Maupas avait une altitude de 26 mètres au-dessus du quai. Deux poudrières permettaient de stocker les explosifs dans un petit édifice en maçonnerie, recouvert de terre : la poudre noire et la poudre Favier. Etat de conservation : désaffecté ; vestiges
Historique :
Datation(s) principale(s) : troisième quart du 19ème siècle et 20ème siècle. Depuis longtemps, on savait tirer parti à Erquy de la présence abondante du grès rose pour la construction, mais l’on se contentait d’exploiter les affleurements naturels de la Garenne (les pierres de Garenne) et les escarpements du bord de mer (le poudingue). La famille Dolledec d’Erquy à la fin du 18ème siècle avait commencé cette exploitation. Cependant, les premières carrières ne furent véritablement ouvertes qu’au début du 19ème siècle par les familles de maçons aux abords du Pendu (famille Cholet) et du sémaphore (Dagorn, Rault, Le Gentil). En 1848, l’extraction se développa avec l’ouverture de la carrière du Maupas (le Lac Bleu) dont on tira les matériaux d’empierrement nécessaires à la réalisation de la route nationale.
Parallèlement, les carrières artisanales se multiplient à Tu-es-Roc. Du sémaphore à la Pouillouse, on en compte une douzaine qui emploient plusieurs dizaines d’ouvriers. Comme les carrières industrielles, elles bénéficient des progrès de la métallurgie qui proposent des aciers carburés de plus en plus dur et résistants. L’extraction du grès quartzite rose devient plus facile et sa taille mieux maitrisée malgré sa dureté et son abrasivité. Une main d’œuvre très qualifiée se fait jour, réalisant parfois des prouesses qui enrichissent le patrimoine architectural d’Erquy (clocher de l’église, chapelle des marins, ornementation de constructions bourgeoises, monuments funéraires…) De plus, à la fin du 19ème siècle et au début des années 1900, les constructions balnéaires se font jour, alimentant de nouvelles commandes pour une nouvelle architecture qui façonne à son tour le paysage.
Les carrières artisanales occupent toute la crête au-dessus de Tu-es-Roc :
La Pouillouse, Lefebvre, Henri Gour, Edouard Gour, Rault,
Extrait de l’article sur les carrières de Gilles Bovyn paru dans le RDV Côte de Penthièvre, spécial Grès d’Erquy de mai juin juillet 2015
La garenne, appelée par les gens du cru la Guérane
La garenne d’Erquy tire son nom du fait que cette vaste étendue de landes et de bardeaux appartenait au Seigneur de Lamballe. C’était une (faux à connins) de tailles considérables, à la mesure de la seigneurie de Lamballe.
Plusieurs conninières sur Erquy (le Hamel, la montagne du Nermont, l’enclos de la Houssaye, l’enclos de Cavet) élevaient des lapins, dit connins, pour repeupler la garenne, c’est pourquoi les habitants de Tu-Es-Roc avaient l’obligation de couper soit une oreille de leur chat, soit une patte de leur chien, pour les empêcher d’aller chasser dans la garenne.
Le 06 avril 1857, le préfet autorise la commune d’Erquy à mettre en vente sur une mise à prix de 13000 francs, les 200 hectares comprenant l’ensemble de la garenne, à l’exception des terrains des batteries appartenant à l’État.
Quelques témoignages d’habitants de Tu es Roc :
Raymond Pays racontait…….les clôtures de la Garenne :
« Les alignements de pierres plates, levées dans les talus, bordant le chemin de Tu Es Roc au moulin de la Garenne, ou limitant la propriété de l’ancienne carrière de l’entrepreneur Bourdon, seraient une partie de la clôture de l’ancienne Garenne du comte de Penthièvre ou de l’un des afféagements consentis à des vassaux à l’époque médiévale. Le comte possédait d’autres enclos à connils (à lapins), situés à « la Conninière du Nermont », à la « Heussaye » et à « Cavet ». Au 15ème siècle, les comtes de Penthièvre chassaient au faucon sur leur garenne. Leurs oiseaux de proie étaient gardés par un gentilhomme, le sire de Panjamet, dans une « fauconnerie » située entre le Pussouër et la Ville Bourse. »
Yvonne et René Bouguet : témoignage
« Le quartier était composé de petits pêcheurs (qui utilisaient un doris), de Terre-neuvas, de marins au cabotage, de carriers et de petits cultivateurs …
Les fermes étaient peu nombreuses : le Portuais, la Basse-rue, le Pussuet et une à côté de l’école religieuse. Entre la Basse-Rue et la rue Saint-Jean, tout était en champs de blés et en pacage pour les vaches, les moutons et les chevaux. La fête de Tu es Roc, c’était la fête de la bruyère, où on se plaisait à simuler le maire. On décorait les maisons. On triait les pierres pour bâtir les murets avec les rejets. En 1930, les grandes carrières étaient épuisées. »
Emilienne Lefebvre : témoignage
Son père était Terre-Neuvas. En février, c’était le pardon des Terre-Neuvas : la fête religieuse le matin et la fête profane l’après-midi.
Les femmes n’allaient pas travailler aux carrières, sauf Mme Lefebvre, après la mort de son mari.
A mi-côte sur la gauche de la rue de Tu-es-Roc, on devine « le château du Noirmont », visible depuis le boulevard de la mer, entouré de ses jolis bois.
En haut de la côte sur la gauche, la famille Laurent, sur la droite Jojo et Evelyne Boudet.
Dans le virage, sur la gauche, une impasse mène vers les maisons d’Angèle Trévilly et d’Yvette Launay, couturières de renom. Il y avait également la famille Bravin, toujours présente.
Maisons d’Yvette Launay et d’Angèle Trévilly
Yvette et Angèle confectionnaient la plupart des robes de mariée et de cérémonies des habitants de Tu es Roc. Ci-dessus le mariage de Raymonde Couëlan Erhel. La mariée, ses demoiselles et garçons d’honneur
Le café épicerie de Mme Pellois et la boulangerie tenue par les familles Jaffrelot, Vaucelles puis Dubreuil à partir de 1969.
Le Bistrot de Mme Pellois est situé dans le virage, en bas de la rue Hamel où elle vendait également de l’épicerie, des bonbons au détail, des fleurs exposées dehors. Roland Blouin se souvient avoir joué avec les enfants du quartier de la rue du Four à Boulets. Quand ils envoyaient le ballon par-dessus le toit et qu’il atterrissait dans les fleurs, gare ! Les garnements se faisaient houspiller par « la Mère Pellois ».
En face de la boulangerie, habitaient Eugène Rollier dit « Sabot » et Marie, parents de Nadia Coutel. Eugène doit son surnom au fait qu’il a été le dernier des enfants à aller à l’école en sabots.
Comment on réglait son pain à Tu Es Roc. (extrait du livret n°4)
Autrefois, on réglait le pain « à la coche » et on régularisait ses achats à terme, au mois ou à la quinzaine. C’était le plus souvent une baguette de bois tendre ou de noisetier fendue en deux. Une moitié, munie d’un crochet ou d’une ficelle, était conservée par le boulanger ou le dépôt de pain et l’autre par le client dont le nom était inscrit sur les deux parties. Chaque fois qu’il donnait un pain, le commerçant réunissait les deux éléments pour les inciser d’une seule entaille. Elle était différente selon le pain choisi, 2, 4 ou 6 livres…
Lors du règlement, les deux « coches » étaient rapprochées, comparées, payées et rabotées ou remplacées pour le mois suivant. L’existence de la double « coche » faisait foi et aucune contestation n’était possible. Cette technique datant de l’époque médiévale était inscrite aussi dans le code Napoléon.
(souvenirs de Jeannette Leduc)
Une venelle montait jusqu’à la rue du four à Boulets où, au numéro 8, se trouvait la famille Gour-Blouin
Il y avait cinq carrières familiales de grès rose exploitées par des habitants du village, depuis les années 1900, entre autres celle d’Henri Gour et de son frère Edouard, mon grand-père. La plupart ont fermé après la deuxième guerre mondiale, sauf les carrières des frères Rault et de la famille Lefebvre, qui fonctionnaient encore dans les années 60.
Edouard Gour et sa femme Jeanne Lelièvre, tenaient un bistrot situé dans une salle à l’arrière de leur maison. L’accès se faisait par le côté.
Souvent, les carriers arrondissaient leur fin de mois en tenant un petit bistrot.
(témoignage de Roland Blouin)
Le bistrot qui était à l’angle des rues Le Hamel et du four à boulets était tenu par Henri Gour et sa femme Marie-Louise ensuite repris par leur fille Henriette. La plupart des gens du quartier venaient y acheter leur cidre au détail.
Brigitte se souvient qu’en rentrant de la pêche sur le site de la plage du canot de sauvetage, elle s’arrêtait avec son père et son grand-père boire une grenadine (et un p’tit rouge pour les hommes !) et elle avait ordre de ne rien dire à leurs épouses ! Sauf qu’elle était trahie par ses moustaches de grenadine de retour à la maison…. et donc les hommes aussi.
Plage du canot de sauvetage
Marie Beguen, grand-mère de Nadia, a été centenaire ce qui était rare à l’époque. On la voit ici devant les soues à cochons. Le jour de la tuerie du cochon, tous les voisins participaient et on s’échangeait des morceaux de porc, du pâté, c’était un moment festif et une vraie entraide.
Marie Beguen, grand-mère de Nadia
Nadia et son père dit « Sabot »
M Jean Coutel, grand-père de Caroline , syndic des gens de mer, lors d’une fête de Tu es Roc.
Après l’école primaire, Nadia est allée à l’école ménagère chez les sœurs de St Vincent de Paul, elle a ensuite exaucé son rêve : apprendre la sténographie et la dactylographie. Son diplôme en poche elle a pu être secrétaire.
Nadia a beaucoup voyagé avec son mari, sous-officier de la Marine Nationale : d’abord en France (Toulon, Brest, Cherbourg) puis, après son départ de la Marine Nationale, avec leur fille Caroline, ils ont vécu au Tchad, au Gabon, en Haute-Volta, en Côte d’Ivoire et à Madagascar, où il est décédé.
De retour à Erquy à la mort de son mari, elle a travaillé à la boulangerie de Tu-es-Roc et ensuite elle est devenue régisseur du club de tennis. Elle était une joueuse classée, elle aimait appendre aux jeunes à jouer, malheureusement la maladie l’a rattrapée.
A l’angle de la rue Le Hamel et des Terre-Neuvas : café, épicerie, mercerie, tenu par la famille Pincemin, parents d’Hélène mariée à Alexandre Guérin et grands-parents de Michel et de Margaret Chadelas.
Mr Pincemin est décédé à 32 ans lors du naufrage de la goélette Saint-Michel en 1901.
Il doit son nom à une bande de terre accrochée à la falaise et qui semble y avoir été pendue.
Après la fermeture des carrières, la famille Leduc a habité à cet endroit pendant 26 ans. Ils habitaient dans une maison où logeaient les carriers. Pierre était pêcheur, Jeannette élevait ses enfants. Elle rendait de nombreux services aux voisins.
Deux des enfants Leduc devant la maison, Marie-Paule et son frère Jacky.
Alfred Le Ny, frère de Jeannette.
Jeannette avait un frère très populaire, Alfred. Il n’a pas vécu au Pendu mais a longtemps habité au bout de la rue des Terres Neuvas. Avec son visage atypique, on retrouvait son portrait dans des magazines et dans certains endroits inattendus : dans la salle d’attente du Docteur Velly et également dans une crêperie à Paris.
Jean Anouilh l’a photographié pour l’exposer dans le métro (souvenir de Roberte)
Il rentrait chez lui, venant du port, sur sa vieille mobylette. Il donnait la météo à qui voulait l’entendre mais il se trompait souvent.
Il entamait souvent sa chanson préférée aux terrasses des cafés du port : « MARILOU, te souviens-tu de notre premier rendez-vous ?»
La pêche aux maquereaux autour des Trois Pierres suffisait à Alfred pour gagner sa vie.
Alfred était marié avec une demoiselle Olivier. Il a eu deux enfants dont l’un est mort tragiquement
La graphie de Tu-es-Roc a beaucoup évolué depuis le Moyen Age : Turvot (1393), Trueroc (1477), Tieurot (16ème et 17ème siècles), puis Tu-Es-Roc au 19ème siècle, qui signifie « maison dans le rocher », rappelant l´ouverture des carrières dans les rochers bordant la Garenne et dominant ce hameau. En 1420, on dénombrait seulement une dizaine de familles de condition modeste. Puis quelques nobles s’installèrent, en bénéficiant des afféagements (Droits féodaux). En 1583, on dénombrait 25 maisons. En 1789, le hameau était aussi peuplé que le bourg. On y dénombrait 34 maisons et 7 fournils.
Ce hameau fut habité par des constructeurs de navires au 18ème siècle puis par des carriers et des marins au 19ème et dans la première moitié du 20ème siècle. Le hameau de Tu-es-Roc a conservé une certaine homogénéité architecturale, avec de nombreux éléments décoratifs et de construction, qui témoignent du savoir-faire des artisans carriers du grès.
Au 19ème siècle, l´ouverture des premières carrières mixte la population des ouvriers carriers, des petits paysans et des marins Terre-Neuvas dans ce quartier, qui présente encore aujourd´hui un habitat très homogène.
Toutes les maisons du haut touchaient à la Garenne par leurs courtils de derrière. On y accédait par de nombreuses venelles, qui existent encore aujourd´hui. La rangée d´en bas, moins fournie, laissait pénétrer dans la rue trois chemins ou « devises », permettant aux habitants de gagner le port ou le bourg (Basse-Rue, rue de la Brèche). Ces deux rangées de maisons sont séparées par la rue des Terre-Neuvas. Le calvaire au bas de la Basse-Rue a été érigé en souvenir d´une mission de sauvetage en 1893. Le premier abri du canot de sauvetage fut édifié au quartier de la Chaussée. La ferme de la Basse-Rue à la fin du 18ème siècle comptait 3 ha. C´était la seule ferme proche du bourg avant 1930.
La plupart des maisons récentes ont été construites par les maçons-carriers au 19ème siècle, avec une certaine homogénéité architecturale : rez-de-chaussée, un étage avec gerbières, jardinet devant. L´intérêt patrimonial de cet ancien quartier mérite d´être souligné.
Intérêt patrimonial
L’intérêt patrimonial de ce hameau ancien est dû à l’homogénéité des constructions qui le composent :
La maison Deguen-Dutemple (n° 32) :
Avant le 18ème siècle. elle appartenait à un navigant. C´est la seule maison de Tu-es-Roc qui a conservé la meilleure part de son aspect original.
La maison Dobet-Gour (n° 17) :
Située le long d´une venelle encore visible de nos jours, elle appartenait au 18ème siècle à un constructeur de navires. Son fils la passa sans doute un jour au blanc de chaux, car il fut connu sous le nom de Sieur de la maison blanche. Elle se trouve à proximité de la Basse-Rue, rue menant au bourg et qui doit son nom à la présence à proximité, d´un ruisseau.
Les Costières d´en bas (n° 2-3) :
Ce sont les premières maisons de la rue des Terre-Neuvas, bâties à la fin du 15èmesiècle. Toutes les maisons du haut de Tu-es-Roc touchaient à la Garenne, vaste étendue de landes, par leur courtil de derrière, que de nombreuses habitations ont conservé avec leur jardin devant. Ces maisons étaient souvent habitées par des carriers.
Les premières carrières ouvrirent dans les rochers bordant la Garenne au cours du 19ème siècle. On y accédait par de nombreuses venelles étroites, dont il reste encore aujourd’hui des témoignages, avec leur circuit dallé d’évacuation des eaux de pluie. L’ensemble du village se composait de plusieurs tenues féodales devenues des « lieux-dits » :
D’ouest en est : la tenue du Hamel en haut de la « devise », chemin montant de la Conninière, la tenue du Doué-Mahé, la tenue des Pendants de Tu-es-Roc, double rang de maisons s’entrejoignant autour de la fontaine (aujourd’hui murée, on peut encore voir sa niche).
La rangée d’en bas, moins fournie, laissait pénétrer dans la rue trois chemins ou « devises », permettant aux habitants de Tu-es-Roc de gagner le port ou le bourg (aujourd’hui rue de Tu-es-Roc, Basse-Rue, rue de la Brèche).
Ces deux rangées de maisons sont séparées par la rue des Terre-Neuvas, habitée presque exclusivement par des marins de « Grande pêche », jusqu’à la première moitié du 20ème siècle.
Enfin la tenue des « Fougières » : à l’extrémité Est de la rue de Tu-es-Roc, une sente longeait par l’intérieur la clôture de pierre de la Garenne et gagnait les Hôpitaux par les Rochettes, la Pouillouse, le Rocher Morieux.
Il existait entre Tu-es-Roc, les Hôpitaux et Lanruen, fiefs proches de la seigneurie de Lamballe, de nombreux réseaux de relations familiales. La plupart des habitants de Tu-es-Roc avaient une maison à Lanruen ou aux Hôpitaux et réciproquement.
Toutes les maisons de ce hameau sont de construction traditionnelle, même si la plupart ont été reconstruites au cours du 19ème siècle. Le matériau principal de construction est le grès et le poudingue d’Erquy. Les toitures sont en ardoise avec des pentes traditionnelles et les lucarnes sont simples ou « en gerbière » pour éviter le ruissellement.
Synthèse d’après l’ouvrage et le témoignage oral de Jean-Pierre Le Gal La Salle « Histoire d’Erquy sous l’Ancien Régime » (1991)
Tu-es-Roc est bordé au nord par les plages dites « sauvages », le Cap d’Erquy et l’ancien canot de sauvetage, Lourtuais, et le Portuais.
Ces plages attirent de nombreux pêcheurs à pied. Les « cailloux se succèdent le long de ces plages » (Roland).
A suivre : Le Pendu, Le Portuais, Les carrières et la garenne, la rue Le Hamel, la rue des Terre-Neuvas
La ferme : une partie ancienne à l’Ouest (1600/1700)
Propriétaire : comtesse de Forges née de Castellan.
Fermiers : M. Jean Legoff et son épouse Caroline Landier.
ERQUY 14 mai 1930
La métairie consiste en bâtiments d’habitation et d’exploitation : cour, jardin, terres labourables, prairies, vergers et autres d’une contenance de 35 hectares, 71 ares et 42 centiares.
Les preneurs jouiront de ladite métairie en bon père de famille sans rien détériorer, dégrader ni mal mettre.
Ils laboureront, fumeront, ensemenceront les terres en temps et saison convenables de manière à les rendre à la fin du bail en bon état de culture et d’engrais.
Ils s’opposeront à toutes usurpations et à tous empiètements sur les immeubles affermés.
Ils ne pourront sous-louer ni céder leurs droits au présent bail.
Ils s’obligent à ne cultiver d’autres terres que celles de la métairie ni à faire de charrois pour autrui.
Ils entretiendront les bâtiments en bon état de réparations locatives ainsi que les réparations des couvertures qui restent entièrement à leurs charges.
Ils devront fournir les matériaux nécessaires de manière à rendre tout en bon état d’entretien lors de leur sortie.
Ils garniront ladite métairie de meubles et effets mobiliers, instruments aratoires, matériel en suffisante quantité et valeur pour répondre du prix de fermage et d’une bonne exploitation.
Ils profiteront des bois courants et piquants des fossés qu’ils feront en temps et saison convenables à charge de réparer les rejets et de replanter les fossés.
Ils cureront les douves, le tout bien broyé.
Les preneurs, la dernière année, pourront disposer d’un hectare de trèfle pour nourrir leurs bestiaux et remplacer ainsi le foin auquel ils ne pourront toucher.
Ils ne pourront laisser piller les pâtures ajoncières ou autres terres.
Les ajoncs, pour la nourriture des bestiaux, devront être coupés chaque année avant la fin d’avril.
La propriétaire se réserve le droit d’ajouter, de distraire ou d’échanger des terres faisant partie de la métairie, ainsi que la faculté de faire semer du trèfle l’année de sortie.
La propriétaire se réserve encore le droit exclusif de la chasse.
Les preneurs devront empêcher de chasser sur la métairie quiconque n’y sera pas autorisé par elle et ils devront également empêcher de vendre collets, lacets et autres engins destinés à détruire le gibier.
En cas de constructions ou de réparations les preneurs devront faire tous les charrois nécessaires et encore tout charrois demandé par la propriétaire sans indemnité.
Les preneurs souffriront toutes les grosses réparations qui pourraient devenir nécessaires pendant le cours du bail et ils ne pourront réclamer aucune indemnité lors même que les travaux dureraient plus de 40 jours.
Ils devront faire assurer leur mobilier personnel et tous usages quelconques à une compagnie notoirement solvable et justifier de cette assurance à toute réquisition du propriétaire, de l’acquit exact des primes.
Tous les impôts et contributions de toute nature seront à la charge des preneurs.
Les preneurs devront faire ramoner les cheminées tous les 6 mois.
Les preneurs fourniront annuellement à la propriétaire une barrique de cidre de 220 litres qu’ils s’obligent à transporter dans un rayon de 2 km de la ferme, 25 kilos de beurre livrables à Erquy au domicile de la propriétaire moitié le 15 juillet et moitié le 1er octobre de chaque année, 18 forts poulets, 9 coqs,7 poules aux mêmes époques.
L’année de sortie ils laisseront sur pied en état d’être coupés la moitié de tous les bois piquants.
Le propriétaire recevra annuellement 20 fagots que les preneurs devront conduire au lieu désigné par lui sans indemnité.
Tous les fumiers marins ou engrais quelconques seront employés à l’amendement des terres de la métairie. Les fumiers ne pourront être dispersés autrement ni en vendre sous aucun prétexte.
Les preneurs ne pourront faire paître les bestiaux dans les prairies depuis le 2 février qui précède à leur sortie et ils souffriront les fermiers qui leur succéderont, faire les travaux préparatoires et ensemencement d’usage.
Les pommiers qui viendront à tomber ou à périr appartiendront aux preneurs à charge par eux de remplacer chaque pied par 2 beaux jeunes plants qu’ils grefferont de bons fruits. Il devra toujours exister sur la métairie 300 pommiers.
Le propriétaire se réserve d’abattre et de planter sans indemnité et de faire planter des pommiers sur les terres à son choix. Les plants seront fournis par lui et les preneurs auront à leur charge la plantation.
A la sortie les fermiers devront laisser toutes les terres en bon état de culture et d’engrais, laisser aussi tous les fumiers, terreau marin, engrais, pailles et foin. Ils logeront la paille blanche avec prairie ordinaire. La dernière année, les foins resteront dans les prairies à charge aux fermiers entrants de les couper et loger.
NB : Les époux Legoff étaient encore sur Langourian en 1950.
Recherches effectuées par Claude SPINDLER
La soue à cochons
La ferme : une partie récente à l’Est (1820)
Une partie de l’ancienne chapelle ( ?) et le puits
Les pierres de l’ancienne chapelle ont-elles été récupérées pour construire la ferme ?
Récit de monsieur Jacques Finot, Colon en 1961 et 1962 puis moniteur en 1963.
Monsieur L’abbé Lagarde, vicaire de Ligny-en-Barrois (Meuse), organisa une colonie paroissiale pendant une dizaine d’années de 1959 à 1969, en Bretagne mais aussi ailleurs : Le Mans (Sarthe) en 1959, Plougonven (Finistère) en 1960, Pleumeur-Bodou (Côtes d’Armor) en 1964, Saint-Jean-de-Monts (Vendée) en 1965, Guérande (Loire-Atlantique) en 1966.
De 1961 à 1963, cette colonie de jeunes Meusiens, âgés de 10 à 14 ans, s’installa à Erquy.
Juillet 1961: Pendant 4 semaines sur le plateau face à l’îlot Saint-Michel, lieu sauvage situé près du camping des Hautes Grées actuel (qui n’existait pas à l’époque), environ 90 enfants, moniteurs et personnel d’infirmerie, de cuisine et de lingerie campaient sous des marabouts et bungalows en bois et toile. Les matelas étaient directement posés par terre, sur une toile recouvrant une couche de sable de mer. Il avait été promis à Monsieur l’abbé que tout le matériel devait être à la disposition des colons (lits, tables, etc…) mais les promesses non pas été tenues. Les toilettes se trouvaient dans un ancien blockhaus. Une tempête mémorable a détruit marabouts et un bungalow… inoubliables souvenirs.
1961 à Saint-Michel
Les anciennes toilettes dans le blockhaus.
Juillet 1962 : Pendant 4 semaines, la colonie composée de 40 garçons et d’une vingtaine de filles accompagnés du même personnel loge dans l’école privée Notre-Dame, 2, rue Saint-Pierre.
Juillet 1963 : Je suis devenu moniteur (!) et pendant 4 semaines, j’ai encadré environ 70 enfants, filles et garçons, toujours à l’école Notre Dame.
Hébergement :
Quand nous rentrons dans la cour, sur notre droite, se dressent deux bâtiments en pierre (l’un est dénommé «la salle » par la colonie). Ils servaient de dortoirs pour les garçons.
Face à nous se trouve un petit bâtiment en briques rouges, espace ou étaient préparés les repas.
Sur notre gauche, en traversant la cour, on aperçoit le préau. Sous ce dernier, une porte sur la droite donnait accès aux dortoirs des filles par un escalier.
Le préau tenait lieu de pièce principale pendant notre séjour. C’est là que nous prenions tous nos repas à l’extérieur (pas une seule fois à l’intérieur).
1962 : La cuisine (école Notre Dame) Jacques Finot sa maman, lingère et Madame Souliot, cuisinière.
Aujourd’hui, 62 ans après, rien n’a changé.
La cuisine en briques rouges, au premier plan. Le mur où les colons tapaient les pieuvres.
Le préau, le réfectoire. Sous le préau à droite l’entrée du dortoir des filles. A droite l’entrée des dortoirs des garçons.
Souvenirs :
« Les promenades en bicyclettes (chaque colon avait un vélo), le port, Caroual (pour la plage), le Cap d’Erquy, Pléneuf-Val-André, Plurien, les Sables d’Or.
Les parties de pêches aux pieuvres (appelées minards). Nous partions avec des crochets de fortune. Les pieuvres étant abondantes à cette époque, nous revenions toujours avec quelques spécimens. A notre arrivée, nous tapions nos prises sur le muret devant la cuisine afin de les attendrir, puis de les laisser préparer par le personnel de cuisine. Un régal !
Aujourd’hui habitant Bar-le-Duc je pense très souvent à Erquy, j’y suis revenu quelquefois. »
Les parents de Jacques ont participé à la vie de la colonie, à la lingerie et à l’intendance.
Jean-Baptiste Renault fondateur de la colonie Penthièvre
Avant de s’installer à Saint-Pabu, la colonie Penthièvre a existé sur deux sites. Dans les années 1957-1958, les sœurs de Plévenon ont accueilli la première colonie. Puis elle a été installée plus tard chez les frères du Saint-Esprit à Langueux, au lieudit
« Saint-Ilan ». Dans cette école il y avait un centre horticole et un séminaire. Elle formait à la fois de futurs missionnaires et des jeunes qui se destinaient à la prêtrise, car ils avaient parfois une vocation tardive.
Les deux lieux d’implantation sur Erquy ont été choisis par Roger Texier et Francis Briend. Ces deux lamballais sont les précurseurs de la colonie.
L’Abbé Leray, vicaire à Lamballe, suggère au lamballais Jean-Baptiste Renault, inspecteur des Domaines, de s’occuper de la colonie de vacances.
« J’étais, à l’époque, responsable du basket et nous avions un club qui marchait bien…Enfin j’ai réfléchi et je me suis embarqué dans cette nouvelle aventure ».
Ecole de Plévenon après réhabilitation
Ecole de Saint-Ilan, vue de l’ensemble
Le premier souci de Jean Baptiste Renault était de trouver un terrain afin de bâtir « des bâtiments en dur« . En effet, depuis sa création, la colonie Penthièvre n’avait pour seules richesses que de grandes tentes….
Un terrain fut trouvé par Roger Texier, dans un petit village d’Erquy, au lieudit « Saint-Pabu » : quelques maisons, une ferme et une pimpante petite chapelle.
Un appel à toutes les bonnes volontés a permis de recruter des hommes de Lamballe afin de commencer les premiers travaux, en particulier les tranchées pour les fondations. Des dons ont été reçus tandis que d’autres personnes ont prêté de l’argent.
Deux bâtiments sortirent en premier de terre : une cuisine-infirmerie et un réfectoire. Puis des sanitaires et un peu plus tard, des dortoirs furent construits grâce à l’achat d’un deuxième terrain. Une petite maison près de la plage fut également achetée afin d’y entreposer le nécessaire à la baignade et aux jeux divers. L’acquisition d’un troisième champ, où se trouvait une source, a permis d’alimenter la colonie en eau.
Jean-Baptiste Renault se souvient des différents directeurs, tous dévoués, en particulier Michel Hinault, alors professeur à Loudéac et Paul Hamayon, vicaire à Lamballe. Il cite aussi plusieurs religieuses notamment sœur Renée et sœur Françoise. Parmi les responsables il se souvient des frères Laguitton, Henri et Michel.
« Je me souviens aussi de la cuisinière, une brave femme, Eugénie Chrétien, aujourd’hui décédée, originaire de Saint-Gouéno, je crois. Elle s’occupait de tout, mais en particulier des commandes pour la cuisine. On se faisait livrer chez les grossistes de Lamballe, Niclasse et Sabot ».
La colonie Penthièvre a accueilli entre 100 et 120 enfants durant 17 ou 18 ans dont de nombreux petits Lamballais. On entendait des cris de joie dans cette colonie fondée par une poignée de Lamballais qui avaient le désir de rendre heureux des enfants au bord de la mer, durant les grandes vacances.
Très souvent, au mois de juillet, certains des enfants participaient à la procession lors du pardon de Saint- Pabu.
Les bâtiments et les installations, n’étant plus aux normes, ils ont été vendus à l’UFCV de Nancy puis revendus à une autre association du Pas-de-Calais.
En 2011, la municipalité a fait l’acquisition de certains bâtiments qui seront détruits en 2012. Le bâtiment le plus récent sera transformé en logements pour saisonniers. Sur l’emplacement resté libre, un petit lotissement a vu le jour.
La voie principale est baptisée « rue Marbaud de Brénignan » en souvenir d’un résistant d’Erquy.